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Mesurer et suivre l'intégration des immigrants en Europe

L'étude vise à comparer les politiques d'intégration et les systèmes de surveillance de l’intégration ainsi que la participation sociale et la citoyenneté des immigrés et des minorités ethniques dans 17 pays européens.

Résumé

L'analyse s'intéresse aux points de vue dominants sur l'intégration dans 17 pays européens, ainsi qu'à la façon dont ces idées sont traduites dans les politiques nationales. Elle examine également les efforts entrepris par les pays pour surveiller et suivre les processus d'intégration des migrants au fil du temps. Sont notamment décrits la manière dont les migrants participent à leur « nouveau » pays et ce qu'il faut précisément entendre par le terme « participation ». En effet, si l'objectif est de rationaliser la politique d'intégration en Europe et de la fonder davantage sur des principes communs, dans les faits, l'intégration demeure principalement la responsabilité de chaque pays. L'Union européenne (UE) n'a aucune compétence pour harmoniser la législation sur l'intégration. Bien qu'elle a formulé des définitions officielles et des descriptions des concepts importants – comme la définition de ce qu'est un migrant et de ce que sont les éléments clés de l'intégration – cela ne signifie pas que les pays se sentent toujours tenus d'appliquer ces définitions dans leurs contextes nationaux spécifiques. La réalité politique et les sensibilités sociales conduisent souvent les pays à leurs propres choix, définitions et interprétation de ces concepts.

Cet état des lieux montre que la mise en œuvre d'une harmonisation du suivi de l'intégration des immigrés en Europe est encore lointaine, Les différences en termes d'avancement et de développement entre les pays se révélant trop grandes. Il y a de plus des divergences d'intérêts. Le nombre de migrants dans les différents pays européens varient très fortement. De fait, les pays pour lesquels l'enjeu est minimal, ne se sentent pas concernés et n'ont pas d'incitations à investir dans le développement de ce type de politiques. D'un point de vue pratique, le problème est le même puisque la mise en place d'un système de surveillance est consommateur de temps et d'argent.

Mais le facteur le plus déterminant reste peut-être l'importance accordée par les pays à l'intégration des groupes minoritaires. Lorsque la société – et, par conséquent ses dirigeants politiques – attache une grande importance à l'équivalence dans la position et la participation des migrants à la vie publique, les actions de surveillance de la participation dans le temps sont souvent déjà en place, même si le nombre de migrants dans la population est relativement faible. Dans les pays où cette opinion n'est pas aussi répandue, il y a généralement peu de volonté à investir dans une infrastructure de connaissances en matière d'intégration.

Au final, il est très incertain que l'Europe se dote d'un système de surveillance uniforme à court terme. En effet, bien qu'un certain nombre de concordances apparaissent si l'on compare les dix-sept pays décrits, l'Europe est également caractérisée par une grande diversité. Il y a par exemple un consensus relativement large sur l'importance pour l'intégration d'avoir une bonne maîtrise de la langue du pays dans lequel les migrants s'installent, ainsi qu'une bonne éducation et une capacité à prendre part à la vie de sa société d'accueil. Il semble également y avoir un large développement des opinions politiques sur le rôle et la position des nouveaux arrivants dans la société d'accueil. On observe ainsi un changement évident dans la période récente, avec un recul de la vision multiculturaliste dans laquelle l'intégration est considérée comme un processus à double sens et où les nouveaux arrivants sont en mesure de s'intégrer sans renoncer à leur propre culture, pour aller vers une approche plus assimilationniste où les nouveaux arrivants doivent s'adapter beaucoup plus à la culture nationale dominante. Cette évolution se retrouve dans les termes utilisés en rapport avec la politique d'immigration et d'intégration : alors que dans les dernières décennies, on parlait souvent de « droits et devoirs » l'accent est aujourd'hui beaucoup plus sur les « obligations » de la part des migrants et sur leur « responsabilité personnelle ».

Il existe également de grandes différences dans les traditions politiques entre les différents pays d'Europe, en partie liée aux différences dans l'histoire des migrations. Certains pays ont poursuivi une politique d'intégration depuis de nombreuses années alors que pour d'autres, la politique d'intégration est un phénomène relativement nouveau, ou est de fait (pratiquement) inexistant. En partie liée à cela, on constate également de grandes différences dans la tradition et la technique des systèmes d'information et de suivi des politiques entre les pays européens. Alors qu' un certain nombre de pays, d'Europe du Nord en particulier, ont des systèmes avancés en fonctionnement dans lesquels des informations précises et fiables sur l'état d'avancement de l'intégration des groupes de migrants sont disponibles – basées sur la mise en relation des données d'enregistrement et dans laquelle toutes sortes de sous-catégories peuvent être distinguées ; d'autres pays utilisent des recensements périodiques ou des enquêtes par sondage (spécifiques ou non) comme base ; et enfin d'autres pays ont encore seulement très peu d'informations quantitatives disponibles sur l'intégration des migrants.

La conclusion est qu'il existe de grandes différences et qu'il y a encore un long chemin à parcourir avant qu'un tableau standardisé et cohérent de l'intégration des migrants en Europe se dresse. Toutefois, cela ne change rien au fait que de nombreux développements prometteurs peuvent être observés.

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valerie.lapenne@ville.gouv.fr

Détails

Type de document : Politique
Date de publication :Mars 2012
Pays contributeur : France
Zones couvertes : Europe : Allemagne ; Autriche ; Belgique ; Danemark ; Estonie ; Irlande ; Italie ; Lettonie ; Lituanie ; Norvège ; Pays-Bas ; Pologne ; Portugal ; République tchèque ; Royaume-Uni ; Suède ; Suisse

02 juil. 2012


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